
Face à la motion d’opposition au projet de fermeture des lits à l’hôpital de Champcueil, déposée par la majorité municipal lors du conseil municipal du 6 octobre, nous avons réagi en séance par ces propos :
« C’est, par définition, un dossier difficile. Défendre l’hôpital public et donc s’opposer à la fermeture de lits est une manière de défendre l’hôpital public, mais qui oublie plusieurs réalités.
Tout d’abord, l’hôpital public est en très grande difficulté financière. Les règles de convergences tarifaires entre le privé et le public le touchent de plein fouet. En 2006, le coût des actes à l’hôpital était de 40% plus cher qu’à la clinique. En 2010, cet écart a été ramené à 24% ; la convergence prévue en 2018 fera perdre 7 Milliards d’euros de financement à l’hôpital public (rapport de la Cour des Comptes 2011). Ensuite, l’assurance maladie est en déficit de 11,6 milliards d’Euros en 2010. Or, c’est elle qui finance l’hôpital public à 90% et ce même hôpital public génère 0,6 milliard d’euros de déficit par an, dont environ 100 millions pour la seule Assistance Publique Hôpitaux de Paris (HPHP). Alors que tous les hôpitaux publics redressent peu à peu leurs comptes, seule l’APHP continue de creuser son déficit. Ceci a d’ailleurs fait l’objet d’un rapport de la Chambre Régionale des Comptes d’Ile de France en 2009, rapport qui a fait grand bruit. (Exemple : les effectifs présents l’après-midi sont parfois cinq fois inférieurs à ceux du matin ; des équipements essentiels, type IRM, Scanners, restent trop peu utilisés et, en moyenne, on procède à 1,7 intervention par jour dans les blocs opératoires). En conséquence, il a été décidé un grand plan de réorganisation de l’offre de soin , tant publique que privée, dans la région parisienne dont les petites structures de l’APHP -type hôpital de Champcueil, sont les « victimes collatérales ». Le Schéma Régional d’Organisation Sanitaire (SROS), rendu définitif le 10 juin 2010, est à ce titre très explicatif des décisions prises notamment pour notre département de l’Essonne, sur la base de données de santé et de démographie. Les besoins changent en santé et il est normal d’adapter l’offre de soin.
Ensuite, la loi Hôpital Patient Santé Territoire (HPST) a organisé une instance de démocratie sanitaire locale qui s’appelle la Conférence de Territoire. Y siègent 50 personnes, représentant des instances importantes dans le domaine de la santé, et notamment 3 élus du Conseil Général (dont Jérôme Guedj et Michel Pouzol). Cette instance doit faire des propositions à l’Agence Régionale de Santé (ARS) pour le territoire de l’Essonne en fonction de leur connaissance de ce territoire et de ses besoins. Laissons-la travailler. J’ai hâte d’entendre leurs propositions, ce ne sera certainement pas la pétition qui nous est présentée ici ce soir ! Aussi, demander (comme le stipule votre pétition) la tenue d’une table ronde associant les élus me semble inutile puisqu’elle existe déjà !
Personnellement, je n’aime pas ces motions que vous nous présentez car c’est souvent de la manipulation. Pourquoi ? Parce que vos motions ne proposent rien alors que la situation est financièrement critique. Elles ne font que se prononcer contre et j’ai horreur de ça. Il faut regarder la situation avec beaucoup de hauteur et avoir une bonne compréhension de l’organisation du système de santé pour contredire les évidences du SROS. Il faut tenir compte de la réalité économique et financière. Moi, je suis d’accord pour défendre l’hôpital public, mais des lits on en ferme dans le public comme dans le privé. Je suis plus pour défendre l’égal accès aux soins pour tous. Peu importe que la structure soit publique ou privée du moment que tout un chacun peut y accéder. Ce qui veut dire qu’il faut s’attacher à mieux gérer l’hôpital public et à imposer aux structures privées des tarifs qui permettent à tous d’être soigné. D’où le conventionnement mis en place par la Mutualité Française (= pas de dépassements d’honoraires et tarif des chambres encadré).
Malgré tout, je comprends la peur que cela engendre et il est de bon ton, quand on est de gauche, de s’opposer à toute réduction du service public. Surtout par les temps qui courent où le service public est mis à mal.
Mais il faut garder les yeux ouverts. Ce n’est pas le manque de lits qui pose problème, c’est l’égal accès aux soins qu’il faut défendre. Une position intelligente serait, à mon sens, de parler de l’accès aux soins quand on a la Sécurité sociale qui dé-rembourse et que les mutuelles sont taxées ; une position intelligente serait de considérer l’intérêt général et de parler des contraintes économiques. Pourquoi seulement de l’hôpital et des fermetures de lits en particulier ? Car, je le rappelle, ce n’est pas le manque de lits qui pose problème. Mais c’est surtout que, faute de moyens financiers, trop de gens renoncent à des soins. Pour terminer, on ne peut pas d’un côté vouloir la réduction du déficit abyssal de la Sécurité sociale, et de l’autre s’arc-bouter sur l’existant et refuser toute rationnalisation de l’existant.
Ce n’est pas un combat Droite/ Gauche puisque, je le rappelle, le Directeur Général de l’Agence Régionale de Santé d’Ile de France qui fait ces préconisations de fermetures de lits, est monsieur Claude EVIN, ancien ministre socialiste de la Santé.
Pour toutes ces raisons nous refusons de prendre part à ce vote. »
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